Communiqué de presse *** 21 mai 2018

La frontière tue. Une nouvelle fois la frontière tue.

Le 17 mai, Mawda, une fillette est morte. Elle a perdu la vie alors qu’avec ses parents, elle avait fui son pays d’origine à la recherche d’une vie meilleure. Elle a perdu la vie alors qu’ensemble ils exerçaient ce droit inaliénable qu’est celui de quitter son pays. Elle a perdu la vie pour la liberté.

Quelle politique peut justifier la mort d’une fillette de 2 ans ? Quelle politique peut justifier que des hommes, des femmes et des enfants aient à prendre des risques insensés ? Quelle politique peut justifier que l’on jette ces personnes dans les griffes de profiteurs de misère ?

Une nouvelle fois la frontière a tué. Elle a déjà tué, trop souvent. Elle tuera encore si rien n’est fait.

Elle a tué, mais il y a des responsables. Les passeurs et les forces de l’ordre belge probablement. Mais ce serait trop facile de se dédouaner sur quelques uns. Ce serait oublier que si la frontière tue, c’est parce qu’elle est un lieu de violence dont nos gouvernements sont responsables. Les politiques de fermeture et de non-accueil n’ont d’autres conséquences que de contraindre les personnes à vivre dans des conditions déplorables – des sous-bois expulsés régulièrement ou quand elles ont de la chance un gymnase surpeuplé – et de les jeter dans les mains de personnes peu scrupuleuses. Ces politiques, que l’on appelle trop souvent « politique de sécurisation de la frontière », n’ont de « sécurisation » que le nom. Ce sont elles qui poussent des personnes à risquer le tout pour le tout, jusqu’au risque de la mort.

Ceci n’est plus supportable.

Une autre politique migratoire est possible et doit être débattue. Une politique qui remet l’humain au centre et qui redonne à la solidarité et à l’accueil leur lettre de noblesse.

Nous continuerons à nous battre pour qu’elle voit le jour, et ceci en mémoire de Mawda, morte le 17 mai à la frontière belgo-franco-britannique.

Signataires :

ACC Minorités visibles

ADRA Dunkerque

AMIS Téteghem

ATD Quart Monde Dunkerque

L’Auberge des migrants

Bethlehem

Care4Calais

La Cabane juridique

La Cimade Nord Picardie

Créative

DROPSolidarité

ECNou

Emmaüs Dunkerque

Emmaüs France

Itinérance Dieppe

La Ligue des droits de l’Homme Dunkerque

MRAP-littoral dunkerquois

Le Planning familial 62

Salam Nord Pas-de-Calais

Terre d’errance Flandre Littoral

Terre d’Errance Steenvoorde

Women Refugee Center

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Calais : Un campement de migrants érythréens démantelé

Une importante opération de police a eu lieu ce jeudi au matin pour démanteler les campements du bois Chico Mendes, entre le quartier du Beau-Marais et la rocade.

Environ 150 personnes, de nationalité érythréenne, vivaient là dans des tentes. Elles ont été délogées, et les tentes rassemblées dans une benne.

L’intervention s’est apparemment déroulée sans violence physique. Mais la violence morale subie par les migrants est bien réelle.

Des membres du Secours catholique, de Salam, ont assisté à l’opération de police. «  Il y a un démantèlement tous les jours, c’est devenu banal  », constate Jean-Claude Lenoir. Tandis qu’au loin, des policiers jettent les tentes dans la benne, des associatifs servent un thé chaud aux migrants. Ils devront trouver un nouveau lieu où s’abriter la nuit prochaine.

En attendant, cette opération devrait rassurer des riverains qui, plus que de la présence des migrants eux-mêmes, se désolaient de l’état de saleté dans lequel se trouvait le bois Chico-Mendes.

Assemblée générale de TES

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ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

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Nous vous invitons à participer à l’Assemblée Générale qui se déroulera le

Vendredi 16 mars 2018

20 heures

Maison de Flandre – Place Jean-Marie Ryckewaert

59114 – STEENVOORDE

Ordre du jour :

  • Rapport moral
  • Rapport d’activités et point sur la situation
  • Bilan financier
  • Projets de coopération et questions diverses
  • Élections du tiers sortant des membres du conseil d’administration
  • Verre de l’amitié

Pour notre dixième assemblée générale, nous comptons sur votre présence et nous vous remercions pour votre fidèle soutien. N’hésitez pas à y inviter des personnes qui portent les mêmes valeurs que vous. Cependant seuls les membres à jour de leur cotisation 2017 peuvent participer aux différents votes de l’assemblée générale.

Si vous souhaitez vous porter candidat au conseil d’administration, nous vous invitons à le faire par écrit avant le 6 mars 2018, aucune candidature ne pourra être retenue au-delà de cette date. Pour être candidat, il faut être majeur et à jour de sa cotisation.

Merci de votre soutien,

Solidairement.

28, place saint Pierre 59114 Steenvoorde

terre.errance@free.fr

https://testeenvoorde.wordpress.com/

https://www.facebook.com/terreerrancesteenvoorde/

Yann Moix : « Monsieur le Préfet, je vous demande de m’attaquer en diffamation »

Mis en cause par le préfet du Pas-de-Calais, Yann Moix reprend la plume.

Monsieur le « Préfet »,

J’ai lu votre lettre. Vos récriminations condescendantes à mon endroit sont aussi méprisables que vos menaces téléphoniques à l’égard de mon producteur

Je tiens cependant à vous remercier. En effet, je trouve en vous l’avocat le plus inattendu auprès des exilés victimes des gravissimes exactions policières perpétrées à Calais sous votre responsabilité. Car pas une seule fois, dans votre « réponse » à une tribune qui ne vous était pas adressée, vous ne me démentez. Je persiste et je signe.

Vous « [voulez] affirmer qu’aucun agent détenteur de la force publique ne reçoit, ni n’a reçu, d’instructions contraires à la déontologie (utilisation de gaz lacrymogène sur des points d’eau ou au moment de la distribution des repas, réveil des personnes pendant la nuit, exercice de violences physiques, etc.) » Vous sous-entendez par conséquent qu’il est en accord avec la « déontologie » que la police utilise les gaz lacrymogènes en dehors des points d’eau ou entre les repas.

Les associations et bénévoles possèdent comme moi quantité d’images, preuves définitives de ce que j’avance et maintiens.

Je vous somme de me dire quelle « déontologie » vous évoquez. Qui a décidé – en vertu de quelle morale, de quelle éthique, de quelle juridiction, de quelle législation supérieures – qu’il est de droit, au nom de la République et de la nation, de gazer de 6 heures du matin à midi des jeunes sans défense et de ne plus les gazer en dehors des horaires préfectoraux ?

Faisant preuve à la fois d’imprudence et de déloyauté, vous vous permettez d’ajouter que « tout agent qui se rendrait coupable de tels agissements serait immédiatement sanctionné, avec la plus grande sévérité, sur initiative de [votre] part ».

Imprudence envers vous-même : les associations et bénévoles possèdent comme moi quantité d’images qui sont en train d’affluer, constituant d’ores et déjà, à l’instar des miennes, les preuves définitives de ce que j’avance et maintiens.

Déloyauté envers vos hommes : vous annoncez que les policiers qui auront eu le malheur d’être identifiés à partir de mes images serviront d’exemples (c’est-à-dire de boucs émissaires) afin que ne s’abatte point sur les donneurs d’ordres la sanction promise à ceux qui les ont exécutés.

Vous voulez faire de l’exemple, monsieur le « Préfet » ? Alors commencez vous-même par être exemplaire. Mais comment pourrait-on prendre au sérieux un « Préfet » qui ne sait même pas qu’un fonctionnaire de police peut à la fois être domicilié hors de Calais et y intervenir ?

Finalement, le seul acte d’héroïsme dont on pourrait éventuellement vous créditer serait d’aller au « sacrifice » pour mieux couvrir votre hiérarchie. Car il faudra bien que quelqu’un réponde de tout cela, n’est-ce pas, monsieur le « Préfet » ? Pourquoi serait-ce vos hommes ? Pourquoi pas vous ?

Vous ne contestez pas. En revanche, vous ergotez. Je vous parle crime, vous répondez proportion.

Par la force des choses, les images de mon documentaire sont devenues les pièces à conviction contre ce que vous appelez la « politique du gouvernement » et que je nomme, moi, un scandale d’Etat. Quels que soient les accords signés (et resignés), le rôle de la France n’est pas de faire sur son propre territoire la « police » pour le compte de l’Angleterre.

Sur les images de mon film, trois CRS, dont un seul, le sans-grade, a voulu rester anonyme, témoignent de cette violence systématisée et de ces pratiques connues de tous – à l’inimaginable exception de votre hiérarchie et de vous-même. Ces agents ont-ils été, depuis, poursuivis ou sanctionnés pour avoir menti ? Non. Pas davantage que moi-même. Et pour cause.

Je persiste et je signe : tout ce que j’ai écrit, dénoncé et montré est vrai. A aucun moment dans votre lettre vous ne dites autre chose. Vous ne contestez pas. En revanche, vous ergotez. Je vous parle crime, vous répondez proportion.

C’est aux victimes, et à elles seules, d’évaluer si les traumatismes et dommages subis sont « proportionnés » ou non aux motifs qui les auraient causés. Car je ne sache pas que vous ressentiez la cuisson des hématomes et des brûlures à leur place. Je constate qu’à vos yeux la violence n’est pas mesurable par la douleur de ceux qui reçoivent les coups, mais uniquement par la « déontologie » de ceux qui les donnent.

Face aux scènes que j’ai filmées, comment osez-vous, j’insiste, ergoter sur la définition de ce qui est violent et de ce qui ne l’est pas ? Comment osez-vous douter de ce qui est policier et de ce qui ne l’est pas ? Croyez-vous que ces jeunes exilés s’amusent à se pulvériser eux-mêmes du gaz lacrymogène dans les yeux ? Cette jeune femme, armée de ses seules baskets, hurlant, la rétine brûlée, sur un bout de trottoir, serait-elle une figurante ?

Je persiste et je signe. Ces scènes, monsieur le « Préfet », ne font pas seulement partie de mon film ; elles font partie de la réalité.

Vous prétendez en outre que ces images auraient été filmées en 2016, alors que j’ai toutes les preuves de leur captation en 2017. Pensez-vous qu’en affirmant des contrevérités vous pourrez justifier l’injustifiable, faute de pouvoir le nier ?

En somme, nous dirions strictement la même chose si vous n’aviez choisi de le faire par le biais de l’euphémisme. Ce que moi j’appelle gravité, vous l’appelez banalité ; ce que moi je nomme brutalité, vous le nommez normalité.

Le défenseur des droits, lui aussi, a dénoncé à trois reprises en 2017 le traitement réservé par les services de l’Etat aux exilés à Calais. Je n’ai pas lu pour autant de lettre de vous lui intimant de se taire.

L’Inspection générale de la police nationale, elle aussi, a confirmé, au mois d’octobre dernier, « un manquement plausible à la doctrine de l’emploi et à la déontologie des forces de sécurité intérieure à Calais ». Je n’ai pas lu pour autant la moindre lettre où vous contestiez ses conclusions.

J’ai fait mon devoir. Ferez-vous votre travail ?

A vous lire, je regrette, monsieur le « Préfet », que vous soyez davantage préoccupé par votre prose que par votre tâche. Le contraire eût évité qu’au lendemain même de votre lettre de cachet une nouvelle « bavure » ne fût commise de la part d’un CRS, causant la perte d’un œil à un jeune exilé de 16 ans. J’entends bien que nul n’a jamais donné l’ordre au moindre CRS de crever l’œil d’un enfant ; mais les ordres donnés contiennent à tout moment la perspective d’un œil crevé d’enfant. Preuve, hélas, en est faite.

Que vous vous accrochiez à votre place ne vous autorise pas à décrocher de votre poste. Quand plus personne n’arrive à distinguer un ordre et les conséquences de cet ordre, c’est que la situation est grave. Et que la plus grande confusion règne au sommet de l’Etat.

Ce qui m’accable, me révolte, m’indigne, c’est de vous voir opposer à une tribune défendant la personne humaine et le respect de l’Etat de droit l’inacceptable aveu d’un déni de justice.

Pis, vous étouffez le cri de la souffrance d’exilés démunis en invoquant un « dispositif humanitaire », comme si ces moyens constituaient par leur simple présence la preuve d’une absence de traitements inhumains.

Vous jugez enfin que mes propos me « disqualifient désormais pour parler au nom des migrants ». Cela tombe mal puisque précisément je ne parle pas en leur nom. Je parle au nom de la loi. Et c’est elle, monsieur, qui vous disqualifiera.

Mon devoir était de porter à la connaissance du public la situation d’un Etat hors la loi sur son propre territoire. Le vôtre est désormais de saisir la justice en vertu de l’article 40 du code de procédure pénale, afin que soient condamnées sans délai les insoutenables voies de fait que j’ai signalées à l’autorité publique.

J’ai fait mon devoir. Ferez-vous votre travail ? J’en doute. Car, si vous aviez voulu le faire, vous l’auriez fait depuis longtemps. Aussi, la Justice que vous avez l’outrecuidance d’invoquer, je vous donne l’occasion de la saisir enfin. Je vous demande solennellement par la présente de m’attaquer en diffamation.

Je le demande parce que la vérité l’exige. Je le demande parce qu’il faut que la vérité l’emporte, et qu’un jugement condamne au nom de la République et du peuple français les exactions outrageantes que vous laissez commettre abusivement au nom de cette même République et de ce même peuple français. En laissant commettre ces crimes, c’est vous qui les commettez.

Vous prétendez que les faits me donnent tort. Je vous somme de demander aux tribunaux de vous donner raison.

Y.M.

« La Grande-Bretagne nous paie pour que nous gérions, sur notre territoire, son immigration »

Pour le juriste Olivier Cahn, les accords du Touquet signés en 2002 sont fondamentalement déséquilibrés.

LE MONDE | | Par Maryline Baumard

Maître de conférences en droit pénal à l’université de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise), Olivier Cahn a consacré sa thèse de doctorat à la « coopération policière franco-britannique dans la zone frontalière transmanche ». Pour lui, la souveraineté de la France est mise à mal par ces accords.

Le chef de l’Etat a fait savoir avant le sommet franco-britannique qu’il allait négocier un avenant aux accords du Touquet pour demander aux Britanniques de faciliter l’entrée légale de migrants mineurs. Il va aussi plaider pour une contribution financière supplémentaire des Britanniques. Est-ce suffisant à vos yeux ?

Olivier Cahn : Sur le fond, ces annonces suscitent une question et une remarque. Il est ainsi possible de s’étonner que les exigences françaises se limitent aux mineurs. Pourquoi ne pas exiger que les Britanniques acceptent d’examiner la situation de toutes les personnes présentes à Calais qui peuvent justifier de liens familiaux au Royaume-Uni ?

Par ailleurs, si l’intention est louable, la notion d’aide au développement économique suscite un malaise pour deux raisons : d’abord parce qu’elle renvoie aux rapports entre pays développés et pays en voie de développement, ce qui n’est pas flatteur pour le Calaisis ; ensuite, parce qu’elle implique que la France accepte que la situation dans le Calaisis soit vouée à perdurer et que les autorités françaises sont disposées, en échange d’une compensation financière, à assumer le contrôle de l’immigration vers le Royaume-Uni, sans considération pour les conséquences pour les habitants du Calaisis.

Pour bien comprendre… On parle beaucoup de ces accords du Touquet, sur lesquels vous avez travaillé des années. Comment les résumer ?

Ce sont les accords qui organisent les contrôles frontaliers dans les ports maritimes de la Manche et de la mer du Nord. Signés en février 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, et par son homologue britannique, David Blunkett, ils ont pour objectif de rendre étanche la zone portuaire de Calais. Ils complètent le protocole de Sangatte (1991) et son protocole additionnel (2000), qui verrouillent la frontière ferroviaire en organisant les contrôles dans les gares Eurostar à Paris et à Londres, au niveau du tunnel sous la Manche et, par un arrangement complémentaire de 2002, autour de la gare de Calais-Fréthun.

A riot gendarmerie van secures the entrance of the Channel Tunnel in Coquelles

Qu’est-ce qui ne va pas avec ces textes ?

Ils présentent une apparence de réciprocité, puisqu’ils autorisent les policiers français à effectuer leurs contrôles d’immigration sur le territoire britannique, et les agents des services d’immigration britanniques à faire la même chose sur le sol français. Mais le mouvement migratoire est à sens unique. En pratique, ces textes déplacent de la frontière britannique en France et transfèrent en France la gestion de l’immigration vers le Royaume-Uni.

Quelles en sont les conséquences ?

La première, c’est la situation créée à Calais ! Outre le coût humanitaire infligé par les autorités aux migrants pour les dissuader de rester aux abords de Calais, la gestion de la frontière a un coût très important puisqu’elle immobilise un nombre élevé de policiers. S’y ajoutent un coût économique pour le Calaisis, un coût politique constaté à chaque élection, et un coût en termes d’image de la France. Par ailleurs, et cela est trop négligé, cet accord nous conduit à violer nos obligations au titre des accords de Schengen et du règlement Dublin.

Nous privilégions donc la Grande-Bretagne par rapport au reste de l’UE.

Exactement. Comme le Royaume-Uni a refusé de participer au volet « immigration » de Schengen, la frontière située sur la Manche est une frontière extérieure de cette zone de libre circulation. La France doit contrôler l’entrée et la sortie de cet espace commun. Or, en pratique, elle s’acharne surtout à empêcher des étrangers sans titre de séjour qui veulent quitter cet espace de le faire. Ce n’est pas l’esprit des textes de l’Union !

De surcroît, pour soulager la pression sur Calais, nous malmenons la philosophie des accords de Schengen en effectuant, depuis 2015, des contrôles à la frontière avec l’Italie, qui est pourtant une frontière intérieure de Schengen.

Nous maltraitons aussi le règlement européen dit « Dublin » relatif à l’examen des demandes d’asile, en acceptant de reprendre des demandeurs interceptés par les Britanniques et d’examiner leur situation en France alors que nous savons depuis 1997, par un avis des services juridiques de l’Union, qu’ils relèvent de la compétence britannique. On peut penser ce que l’on veut des accords de Dublin, mais il n’est pas acceptable que la France les applique d’une manière favorable aux Britanniques, qui refusent toute solidarité européenne en matière d’asile, et défavorables envers nos partenaires du sud de l’Europe, qui supportent l’essentiel de la pression migratoire.

Les Britanniques ont tout simplement externalisé leur frontière.

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Ni plus ni moins. La Grande-Bretagne nous paie pour que nous gérions, sur notre territoire, son immigration. C’est de l’externalisation de sa frontière, comme l’Union européenne le fait avec le Maroc ou la Libye… Nous sommes devenus les Libyens ou les Marocains des Britanniques.

Depuis 2012, la France va régulièrement récupérer un peu d’argent à Londres… Estimez-vous le partage des coûts désormais équitable ?

Pendant sept ans, nous n’avons pas réclamé de contreparties. En 2010, les accords entre Eric Besson et Damian Green [alors ministres de l’immigration français et britannique] ont amorcé le partage des coûts. Depuis l’accord conclu entre Hollande et Cameron au sommet d’Amiens en 2016, les Britanniques paient leur quote-part. Le Monde avait évalué à quelque 80 millions d’euros le coût de la gestion annuelle de cette frontière. Aujourd’hui, les Britanniques nous versent 55 millions d’euros.

Sous-entendez-vous qu’il y a sûrement une contrepartie cachée à cet accord ?

Absolument. Je n’ose imaginer qu’elle n’est que financière. Sinon, je ne parviens pas à m’expliquer pourquoi, en 2009, Eric Besson a accepté que les services de l’immigration britanniques opèrent sur le sol français et pourquoi, en 2015, Bernard Cazeneuve a admis la coadministration de la police de la zone frontalière au sein d’un centre de commandement et de contrôle intégré situé sur le territoire français. La lutte contre les filières de passeurs n’est pas un argument recevable puisqu’elles ne sont que la conséquence de notre soumission aux exigences anglaises.

Il faut être conscient que nous avons fait des concessions incroyables. Le protocole additionnel autorise ainsi un agent de l’immigration britannique exerçant à Paris à interdire à un citoyen français souhaitant rejoindre le nord du pays d’embarquer à bord d’un Paris-Londres via Lille s’il n’a pas les documents requis pour entrer en Grande-Bretagne. Cette disposition est aujourd’hui intégrée à l’article L2241-8 du code des transports. Cela va donc très loin en matière de renoncement à la souveraineté. En outre, les accords sont complétés par des arrangements administratifs, qui n’ont pas été soumis à un contrôle parlementaire, et qui pour certains augmentent encore le degré de cogestion de la frontière.

Lettre aux adhérents et amis de la PSM

 

Janvier 2018

Chers adhérent-e-s d’association adhérente de la PSM,

Cher ami-e passé, présent, ou futur, de la PSM,

La PSM existe depuis six ans et demi. Vous participez, vous connaissez son travail, vous l’appréciez.

C’est un travail de mise en lien : les bénévoles et militants des différentes associations1 d’un même lieu, les bénévoles et militant-e-s des différents lieux2 de la région 59/62 se connaissent maintenant, ou se connaissent mieux ; le travail en commun, les initiatives communes sont souvent possibles, et quand elles ne le sont pas, au moins, on sait pourquoi.

C’est un travail de formation : formations juridiques, groupes de travail, échanges de pratiques, forum, mise en commun et appropriation d’outils de sensibilisation de la population, etc.

Le fait de se connaître, et de pouvoir partager réflexions et actions, c’est aussi une façon de se soutenir entre bénévoles. Le forum annuel, le Journal des Jungles, le site web wwwpsmigrants.org sont d’autres outils qui servent le même objectif. Ce travail est reconnu par vous : vous nous le dites, vous vous le dites à de nombreuses occasions. Il est reconnu aussi par de nombreux-ses chercheurs-ses, artistes, enquêteur-rices concerné-e-s par « notre sujet » et qui souvent, entrent en lien avec vous par notre intermédiaire.

L’action de la PSM est possible grâce aux divers3financeurs, grâce à l’énergie et à la compétence de « nos » trois salarié-e-s4. Cette action est orientée par le conseil d’administration que vous avez élu lors de l’assemblée générale, et plus précisément par le bureau comme c’est le cas de toutes les associations.

Il se trouve que pour des raisons diverses et variées, les membres du bureau actuel ne vont pas renouveler leur engagement sous cette forme. Il se trouve aussi que la plupart des membres du CA actuel ne prendront pas la relève, pour des raisons respectables également.

Il s’agit donc de trouver, parmi nous tou-te-s, les éléments d’une véritable équipe qui veut s’engager pour poursuivre ce travail, selon les orientations qui seront décidées par la prochaine assemblée générale.En adoptant peut-être d’autres modes de gouvernance, actuellement en cours de réflexion.

Cette AG revêt donc une importance particulière, elle durera la journée entière, elle aura lieu à Calais le 24 Mars prochain. Toutes les personnes intéressées sont concernées et invitées. Il s’agit donc de mobiliser très largement dans nos associations. Même si le CA travaille actuellement sur la possibilité d’un autre mode de fonctionnement, (une commission travaille là-dessus), il y aura besoin d’une véritable équipe et de nouvelles personnes qui acceptent de prendre des responsabilités au sein de la PSM. C’est pourquoi nous tirons la sonnette d’alarme : sans faire de catastrophisme, s’il n’y a pas de nouvelles personnes qui s’engagent pour faire vivre la PSM, c’est la survie à court terme de notre association qui est engagée.

Cette lettre s’adresse à tous les bénévoles, vous pouvez donc la faire circuler largement, à qui vous jugez bon de la transmettre. Elle ne s’adresse qu’aux bénévoles, pas au grand public, et il ne semble donc pas approprié de la mettre sur les réseaux sociaux.

Amicalement,

Pour le CA,

Martine Devries

1Salam, Auberge des migrants, Médecins du Monde 59/62, Carrefour des solidarités, ADRA, Secours Catholique du 62 et du 59, MFPF du 62, Flandres terre Solidaire, Terre d’errance Norrent Fontes, Terre d’errance Flandres Littoral, terre d’errance Steenvoorde, Itinérance Dieppe, Cherbourg, , GSF,ACC minorités visibles, Collectif Dfraternité Migrants de Angres, ECNou, Emmaus DK, LDH DK, Réveil voyageur, MSF.

2Calais, Dunkerque, Steenwoorde, Norrent-Fontes, Angres, Cherbourg, Tatinghem, Dieppe sans compter les autres !

3CCFD, Fondation Caritas France, Emmaüs france, FAP, Fondation de France, nous soutiennent ou nous ont soutenu. La région nous a soutenu avant le changement de majorité.

4Nathanael Caillaux, Camille Six, Marie Le Ray


Nathanaël


Nathanaël Caillaux
Coordinateur
Plateforme de services aux migrants (PSM)
06 61 97 12 17

www.psmigrants.org
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