A Calais, les migrants condamnés à se cacher

Le retour des exilés, malgré l’évacuation de la « jungle » en octobre 2016, oppose les associations et les autorités.

LE MONDE | 15.03.2017 à 11h08 • Mis à jour le 15.03.2017 à 11h33 | Par Maryline Baumard

Des planches, des bâches, une vieille toile cirée… La minuscule cabane abrite trente-cinq personnes. « Ici, on dort à tour de rôle en tentant l’Angleterre, et quand on craque, on va se reposer dans le camp humanitaire de Grande-Synthe », confie Abdul, 22 ans, saisissant avidement le pain qu’une humanitaire lui tend. « On avait tellement faim, Mamie, tu faisais quoi ? » demande affectueusement le jeune Afghan à la bénévole qui débarque lundi 13 mars, dans le secret de sa cachette au milieu d’un petit bois épineux de la périphérie de Calais.

Là, des mini-campements de fortune comme celui d’Abdul cachent des Afghans tout juste arrivés en France, jamais partis, ou revenus des centres d’accueil où ils ont été conduits en octobre 2016 lors du démantèlement de la jungle de Calais. « Il y a aussi une dizaine de squats hyperdiscrets où certains viennent dormir quelques heures avant de repartir à l’aube sans laisser de traces », observe une bénévole d’Utopia 56, une des associations humanitaires. S’ajoutent encore les très éphémères lieux où les migrants déplient un sac de couchage pour quelques heures au mieux. « Comme les Africains restent en groupe, ils sont plus visibles et se font sans cesse disperser », constate Mariam Guerey, du Secours catholique.

« Tout cela était écrit »

Pour cette humanitaire, ce début 2017 ressemble à un voyage dans le temps. « On revit exactement ce qu’on a connu après la fermeture de Sangatte, il y a quatorze ans, raconte-t-elle. A l’époque, les migrants se sont cachés dans les blockhaus avant qu’ils ne soient murés, on ne leur laissait que les bosquets pour abri, comme aujourd’hui. » En décembre 2002, Nicolas Sarkozy avait rasé, à grand renfort de communication, le lieu tenu par la Croix-Rouge à Sangatte. En octobre 2016, Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur, a démantelé le bidonville de Calais, répartissant ses 8 000 résidents partout en France, certes, mais refusant de penser la suite.

Depuis, les policiers, qui ont pour mission d’éviter la reconstitution de campement, pourchassent tout ce qui ressemble à un exilé – « on peut même dire qu’ils les harcèlent », insiste Gaël Nanzi, d’Utopia 56. Dimanche 12 mars, juste devant le local de répit que le Secours catholique leur ouvre en journée, en périphérie de la ville, Naem a été interpellé et emmené au commissariat en dépit de sa demande d’asile en cours. La semaine précédente, Abdallah, Soudanais, contrôlé une nuit par des CRS, s’est vu subtiliser son acte de naissance, son seul document officiel.

Dimanche soir tard, Kidali et Moullad reniflent leur blouson. « La nuit dernière, on a été réveillés à coup de gaz lacrymogène par les policiers. On s’est enfui, mais au retour, on n’a pas pu se recoucher. Ils avaient gazé nos sacs de couchage », confient ces Erythréens mineurs. En réponse à cette pratique courante, Utopie 56 tourne en voiture et ramasse ces vestiges des nuits calaisiennes, pour les passer en machine et les redistribuer.

« Tout cela était écrit », regrette Christian Salomé, président de l’Auberge des migrants. Aujourd’hui, plusieurs centaines d’exilés sont de retour. Quatre cents, cinq cents… Plus ? Personne ne sait, mais au Secours catholique, il faut désormais trente litres de lait quotidiennement pour le petit-déjeuner et Le Monde a pu constater, lundi 13 mars, que les jeunes présents n’étaient pas les mêmes que ceux de la distribution d’Utopia 56, la nuit précédente, devant le stade. Là, des cent cinquante repas embarqués dans la camionnette de l’association, il en restait vingt à 23 heures.

Injonctions contradictoires

A Calais, beaucoup d’exilés vivent d’un unique repas quotidien, voire moins. La cuisine collective d’associations en prépare 350, Salam, une autre ONG, 200, en plus des boîtes de conserves et autres pains entiers portés dans les bois. Le total des migrants revenus est d’autant plus difficile à évaluer que s’ajoutent tous ceux qui dorment en ville chez cent voire deux cents Calaisiens. Chaque association a sa liste. Même Jean-Marie Rauwel, prêtre d’une paroisse calaisienne, prête main-forte si besoin.

« L’avenir proche prouvera qu’on ne peut pas faire l’économie d’un dispositif pérenne d’accueil », insiste Jean-Claude Lenoir, président de Salam. L’association qui a le plus soutenu l’action du gouvernement qualifie de « stupide » ce déni. « Ce gouvernement avait mis en place un accueil, il a tout supprimé avant son départ et laisse le problème aux suivants », déplore pour sa part Vincent de Coninck, chargé de mission étrangers au Secours catholique. En attendant, les migrants calaisiens se trouvent au centre d’injonctions contradictoires. D’un côté, le gouvernement met tout en œuvre pour les rendre invisibles ; de l’autre, les associations refusent cette clandestinité qui accroît leur précarité.

Jeudi 16 mars, les arrêtés pris par Natacha Bouchart, la maire (LR) de Calais, les 2 et 6 mars, pour interdire les distributions de nourriture seront jugés devant le tribunal administratif de Lille. Un collectif d’associations y voit une « atteinte aux libertés fondamentales ». Ce à quoi Mme Bouchart répond que l’Etat lui avait promis qu’il gérerait la situation alors qu’aujourd’hui, elle aussi, « attend ». Depuis lundi, les associations refont une distribution de repas en ville, sur le quai qui abritait les Syriens en 2014, « un lieu symbolique où on distribuait il y a cinq ou six ans », observe Christian Salomé.

Pression multiforme

Au côté de la ville, l’Etat aussi accentue sa pression. Les services d’hygiène imposent désormais à la cuisine interassociative de se mettre aux normes sous deux mois. « Ça veut dire un minimum de 120 000 euros d’investissement », s’alarme M. Salomé. « L’Etat s’inquiète aujourd’hui alors que l’Auberge nourrit les migrants depuis quinze ans », soupire François Guennoc, de la même association. Sur les aidants, la pression devient multiforme. La police nationale reste postée devant les douches du Secours catholique et « contrôle les migrants qui s’y hasardent, les emmenant de façon aléatoire au commissariat », observe M. de Coninck.

Interrogé par Le Monde, le Défenseur des droits, Jacque Toubon, déplore que « paradoxalement, c’est l’association qui supplée aux missions des pouvoirs publics qui fait l’objet de pressions » et estime que « la pression atteint aujourd’hui un niveau inédit en mettant en cause le fonctionnement d’une association humanitaire s’occupant de mineurs non accompagnés ». Une situation inédite que ce blocage du « libre accès à la distribution humanitaire de nourriture qui, depuis la fermeture de Sangatte en 2002 et avant l’ouverture du centre Jules-Ferry en 2015, avait toujours été respecté ».

L’heure est grave à Calais. Pourtant, depuis deux semaines, l’Etat n’y est même plus représenté. La préfète, nommée ailleurs, a plié bagage, son remplaçant arrivera seulement la semaine prochaine.

Les aires de repos en voie de disparition sur l’A25 et l’A16

«  Plus on espace les parkings, plus on prend des risques. Des conducteurs sont parfois obligés de passer la nuit sur la bande d’arrêt d’urgence  », déplore Sébastien Rivera, secrétaire général de la Fédération nationale des transporteurs routiers.

La déclaration fait écho à l’arrêté préfectoral tombé cette semaine : les poids lourds ne peuvent désormais plus stationner sur l’aire de Saint-Laurent, située sur l’A 25, dans le sens Lille-Dunkerque (notre édition de vendredi). Objectif ? Inciter les migrants, qui s’introduisent dans les camions pour rejoindre l’Angleterre, à quitter Steenvoorde. Sur l’autoroute, le message est rappelé plusieurs fois aux conducteurs grâce à des panneaux lumineux. Hier, quand nous sommes allés sur place, les migrants regardaient au loin un parking désormais vide de camions.

Cette mesure radicale complique la vie des routiers. D’autant qu’elle n’est pas isolée : cette semaine, le parking poids lourds de l’aire de Grande-Synthe (A16) a connu le même sort, pour des raisons identiques. Il y a plusieurs années, l’État a fermé les aires de Saint-Georges-sur-l’Aa, Téteghem et des Moëres (dans le sens Belgique-France) pour empêcher les réseaux de passeurs d’y prospérer. L’aire de Steenwerck, sur l’A 25, reste de son côté ouverte. Joël Devos, maire, se demande si elle ne va pas devenir le nouveau point de chute des migrants (lire ci-dessous).

« Des conducteurs sont parfois obligés de passer la nuit sur la bande d’arrêt d’urgence. »

Selon Sébastien Rivera, ces nouvelles mesures ne touchent pas les entreprises de transports de la région qui recommandent déjà à leurs chauffeurs de bannir ces aires à risques. «  Ils n’y font pas leur coupure. Mais c’est plus compliqué pour les entreprises qui ont leur siège à l’étranger, souligne-t-il. On aurait préféré la création d’aires avec des parkings sécurisés.  »

Bientôt des parkings sécurisés ?

Éric Étienne, sous préfet de l’arrondissement de Dunkerque, y songe. «  L’État étudie la possibilité d’aménagement de deux parkings sécurisés, indique-t-il. Le premier pourrait être implanté sur l’A 16, aux alentours du port, à proximité de la sortie 53. Le second, sur l’A 25, en amont de Steenvoorde, vers Steenwerck.  »

L’interdiction de stationner pour les poids lourds sur l’aire d’autoroute de Saint-Laurent a aussi des conséquences sur le magasin Total qui s’y trouve. Mais, malgré nos sollicitations répétées datant de la semaine dernière, Total a refusé toute communication.

Quelles conséquences pour Steenwerck ?

Et si les mesures prises pour l’aire de Saint-Laurent provoquaient un afflux de migrants sur l’aire de Steenwerck ? Les poids lourds peuvent toujours y stationner comme bon leur semble. Joël Devos, maire, va être attentif. «  Il y a un an, il y avait énormément de migrants à Steenwerck. On m’avait dit que ce n’était pas possible d’interdire l’aire aux poids lourds, relate-t-il. Ce qui m’inquiète, c’est que le trafic se développe.  » L’édile pourrait alors demander une mesure similaire à celle prise pour l’aire de Saint-Laurent.

Il y a quelques mois, certains migrants tentaient également leur chance à Callicanes.

« Vous, vous avez un passeport »

Un migrant : « Vous, vous avez un passeport. Nous, on a les camions »

Samedi, 9 h 45. Les migrants sont regroupés devant le bois, qui appartient à un particulier, où ils ont installé leur camp de fortune. Ils ne quittent pas des yeux l’aire de Saint-Laurent située à une centaine de mètres. Le parking destiné aux poids-lourds est vide. L’un d’eux nous demande combien de temps cette situation va durer.

Un camion arrive pour faire le plein d’essence. Le chauffeur rejoint le magasin Total. Une dizaine de migrants court dans l’herbe et rejoint l’aire d’autoroute. Ils parviennent à entrer dans la remorque du poids lourd. Un migrant reste à l’extérieur. Pendant plusieurs secondes, il tente de refermer la porte. Il n’y arrive pas. Un autre migrant ressort de la remorque pour l’aider.

Une dizaine de minutes plus tard, le chauffeur est toujours à l’intérieur.

Un autre poids lourd arrive. La scène se répète. Une dizaine de migrants arrive du bois. Cette fois, impossible de s’introduire à l’intérieur.

Le chauffeur ressort du magasin. Il se dirige vers l’arrière de son véhicule et ouvre la porte. La dizaine de migrants sort sans protester.

Ce genre de situation se répète depuis des années sur l’aire de Saint-Laurent. Parfois, dans la confusion, un migrant parvient à ne pas être vu par le conducteur.

Les candidats à l’exil restent déterminés malgré une sécurité toujours plus renforcée.

En 2014, Argedis, filiale de Total qui gère l’aire, faisait appel à un maître-chien pour la surveiller. En juillet dernier, le camp de Steenvoorde, qui a vu le jour en 2008, était démantelé. Depuis cette semaine, les camions ne peuvent plus stationner sur l’aire de Saint-Laurent. Mais les migrants rencontrés hier n’imaginent pas abandonner. «  Vous, vous avez un passeport, dit l’un d’eux en anglais. Nous, on a les camions  »

Crise migratoire : 4 aires d’autoroute fermées sur l’A16 et l’A26

La Préfecture, en accord avec la Sanef, a décidé de fermer 4 aires d’autoroute de l’A16 et l’A26, où des réfugiés étaient soupçonnés d’embarquer dans des camions à destination de l’Angleterre. Cette mesure sera effective jusque fin juin.

Par Jeanne Blanquart Publié le 23/02/2017 à 11:01 Mis à jour le 23/02/2017 à 11:16

En tout, 3 aires de stationnement sur l’A26 seront fermés et des restrictions de stationnement seront mise en place sur une aire de l’A16, a confirmé la Préfecture du Pas-de-Calais. Il s’agit de l’aire de Nortkerque, le parking poids-lourds de l’aire de Saint-Hilaire-Cotte (mais la station-service, tout comme les services et les restaurants de l’aire, restent ouverts), et l’aire de la Grande Bucaille sur l’A26. Concernant l’A16, c’est l’aire de la Commanderie qui sera fermée aux conducteurs.

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Crise migratoire

Raison invoquée par la Préfecture ? La crise migratoire. En clair, les autorités soupçonnent des réfugiés de grimper, dans ces aires d’autoroute, à bord de camions à destination du Royaume Uni. Le 13 février dernier, une rixe avait éclaté entre plusieurs migrants sur l’aire d’autoroute de Saint-Laurent, à Steenvoorde. En avril dernier, une agression sur l’air de la Grande Bucaille avait permi de mettre en lumière le fait que des passeurs s’arrêtent sur ces aires d’autoroute pour embarquer des réfugiés.

La fermeture de ces trois aires considérées comme à risque sera effective jusqu’au 30 juin, a indiqué la Préfecture.

http://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-pas-calais/pas-calais/crise-migratoire-4-aires-autoroute-fermees-a16-a26-1201891.html

A Calais : «Suivez-nous, on vous emmène pour aide à l’immigration»

Par Haydée Sabéran, envoyée spéciale à Calais — 16 février 2017 à 20:36

Une journaliste de «Libé» raconte comment elle et une membre du Secours catholique ont été interpellées mercredi en accompagnant des réfugiés mineurs aux douches.

  • A Calais : «Suivez-nous, on vous emmène pour aide à l’immigration»

C’est l’histoire d’une douche manquée et d’une douche froide. Il est 14 heures, mercredi, je suis avec Mariam Guerey, salariée du Secours catholique. On arrive au volant de la camionnette de l’association au local flambant neuf où se trouvent des douches, rue de Moscou à Calais. Contre l’avis de la mairie et de l’Etat, l’association offre la possibilité de se laver aux exilés de retour à Calais depuis le démantèlement de la «jungle». On part chercher des migrants dans un autre local, à l’écart de la ville, transformé en accueil de jour et où près d’une centaine de réfugiés passent désormais quotidiennement. Les bénévoles et salariés sont un peu tendus : les migrants peuvent se faire arrêter, placer en rétention, expulser. Les conduire aux douches, c’est les pousser dans la gueule du loup.

Lundi, le tribunal administratif avait d’ailleurs condamné la ville de Calais pour avoir installé quelques jours plus tôt une benne à ordures devant le Secours catholique afin d’empêcher l’association d’en installer. Et dans la Voix du Nord, la préfète insistait : ce type d’équipement «ne peut que contribuer à créer un point de fixation à Calais, ce que nous voulons éviter».

Pascal, prof de maths à la retraite, bénévole au Secours catholique : «Avant, les forces de l’ordre ne venaient pas sur les lieux de distribution de nourriture et de douches.» L’association décide que seuls les mineurs s’y rendront : même sans papiers, ils sont d’abord des enfants, donc pas en situation irrégulière. «Au pire, les policiers les enverront à Saint-Omer», dit Mariam Guerey. Saint-Omer, c’est là où se trouve la Maison du jeune réfugié, à 50 kilomètres de là, où les mineurs se posent quand ils sont trop fatigués, mais où les places manquent.

«Réquisition».

Ce mercredi, à l’accueil de jour de l’association, la plupart des migrants sont jeunes, même si les majeurs sont de plus en plus nombreux. Il y a aussi deux femmes érythréennes. Sur la dizaine de volontaires pour aller aux douches, sept d’entre eux ont finalement le droit de monter dans la camionnette. Il est 15 heures. Inquiète, Mariam Guerey conduit. «Se doucher, c’est comme manger. Qu’est-ce qu’on attend, qu’il y ait la gale ?»

A l’arrivée devant le local, un fourgon de CRS démarre et barre l’entrée de la cour. Mariam Guerey baisse sa vitre. Un CRS jette un œil sur les jeunes : «Ils ont des papiers d’identité ? Mineurs, majeurs ? Quel pays ?» Elle répond qu’ils sont sept Erythréens, tous mineurs. Depuis la camionnette, on appelle sur son portable le président du Secours catholique du Pas-de-Calais et ancien colonel de gendarmerie, Didier Degremont. Présent sur les lieux, il tente de parlementer avec les CRS qui l’empêchent d’approcher du véhicule. «Ils disent qu’ils ont une réquisition du procureur, mais ils ne nous l’ont pas montrée. C’est fait uniquement pour gêner l’activité douches», nous dit-il. Les CRS réclament nos papiers, on donne nos pièces d’identité et ma carte de presse. Les gamins s’inquiètent. Retour du CRS à la vitre : «Suivez-nous, on vous emmène.» Mariam Guerey : «Qu’est-ce que j’ai fait ?» Le CRS : «Aide à l’immigration.» Elle : «Je suis salariée du Secours catholique. J’emmène ces mineurs prendre des douches, je ne fais rien de mal.» Le CRS : «Vous expliquerez ça à l’officier de police judiciaire.» Au volant, elle suit le fourgon de CRS. «Ça fait quatorze ans que j’aide les migrants. Ils ont mis du temps à le voir…»

Au commissariat, il faut abandonner les adolescents et monter toutes les deux dans une voiture vers la police aux frontières (PAF), en direction de Coquelles (Pas-de-Calais). Pour alerter la rédaction de Libération à Paris, je tweete l’info sur mon smartphone, puis un policier m’oblige à l’éteindre. A la PAF, on attend toutes les deux presque une heure et demie. On comprend à écouter les bavardages des huit CRS à l’entrée que les mineurs ont déjà été relâchés. Mariam Guerey : «Quand je pense qu’en 2009, le Secours était réquisitionné par l’Etat pour mettre en place des douches à cause de la gale…»

«Méprise».

Mariam Guerey part pour être entendue, puis c’est mon tour. La dernière fois que j’étais dans les bureaux de la PAF, c’était pour interviewer ses responsables sur leurs activités contre les passeurs. Immédiatement, l’officier présente ses excuses : «C’est une audition libre. Vous avez le droit de ne rien dire. Et de partir.» Dans la voiture qui nous ramène vers Calais, les policiers expliquent à Mariam Guerey : «Il y a eu méprise sur la personne, excusez-nous, hein.» Impossible jeudi de joindre le procureur adjoint de Boulogne-sur-Mer, Philippe Sabatier, pour qu’il justifie les «réquisitions» à notre encontre.

En début de soirée il nous a finalement assuré qu’il s’agissait d’une erreur d’appréciation. «Des réquisitions avaient été prises pour la journée, sur un périmètre précis, à des horaires précis. Dans un premier temps, un placement en garde à vue a été envisagé pour aide au séjour irrégulier, mais le parquet a tout de suite pris la mesure des faits, aucun élément n’était susceptible de caractériser une infraction.» Une version difficile à corroborer. Car entre-temps, le ministère de l’Intérieur, alerté par la direction du journal, était intervenu. Au Secours catholique, on annonce qu’on ne «laissera pas passer» cette atteinte au droit des associations à venir en aide. «La police nous a empêché de remplir notre mission», s’insurge Véronique Devise, la présidente. Les douches reprennent ce vendredi. Ces jours-ci entre 100 et 500 migrants se trouveraient à Calais selon les sources. Et l’association a déjà détecté «deux cas de gale et un cas d’impétigo».

Calais : LA HONTE

Chers tous

 

Quelques infos:

 

– Lors de la dernière réunion interasso je vous avais fait part de la plainte « contre X » (contre les exilés en réalité) de la municipalité suite à la tentative de quelques mineurs de trouver abri sous les modulaires de l’accueil de jour en attendant son ouverture le matin.

 

Une plainte contre quelques gamins qui tentent de s’abriter quelques heures par temps de pluie et niveau 2 de plan grand froid, sur un lieu associatif et loin de toute habitation… Cela donne le niveau de harcèlement dont les exilés sont les victimes! C’est la première fois en 7 ans que deux exilés sont interpellés à la porte de notre local en attendant son ouverture, je sais que cela a déjà été le cas pour le local de la rue Lafayette (c’était mardi 31-01)

 

– Par ailleurs comme évoqué à la dernière réunion  nous avons  fait procéder ce matin 08-02 à la livraison de 3 modulaires (deux modulaires douches et un autre pour l’accueil ) dans nos locaux de la rue de Moscou. En effet il nous semble qu’ il y a urgence sanitaire (cas de gale avérés chez des mineurs et des adultes) et aussi qu’il y a un enjeu de dignité essentiel sur la possibilité de rester « propre » et d’avoir accès à un minimum d’hygiène

La livraison de deux modulaires douches s’est déroulée correctement et matinalement (ils sont dans notre cour) … Puis nous avons eu la visite du directeur de cabinet de la mairie qui a fait entrave à l’entrée du modulaire accueil en garant son véhicule devant notre  grille d’entrée!!… Puis en faisant installer une benne à ordure devant cette même grille… Honteux

J’ai refusé l’entrée de notre lieu à la mairie et aux policiers

Nous avons fait constater par huissier  l’entrave à notre projet d’aide humanitaire et notre service juridique suit l’affaire en lien avec un avocat qui connait bien la situation locale et qui nous a déjà aidé.

 

il est possible,  lorsque nous ouvrirons pour une première après midi les douches que les forces de l’ordre tentent d’interpeller les exilés venant se doucher. Aussi nous les amènerons en voiture jusque devant la porte (il reste un espace piéton entre la benne à ordure et l’entrée). Et les reconduirons ailleurs ensuite

 

Vous pourrez bien évidemment amener tout exilé vivant à la rue et souhaitant se doucher, venir aussi boire un thé et soutenir l’action, être témoin d’éventuelles  de tentatives d’intimidation de ceux qui viendront. On ne veut pas que ce soit une manif, on veut que ça reste calme pour les voisins et sans attroupement dans la rue, notre cour est assez grande pour accueillir du monde et il faut que cela soit paisible pour tenir dans la durée et ne pas se voir opposer un trouble au voisinage ou à l’ordre public

 

 

Solidairement – V. De Conninck Secours Cath

La trêve hivernale s’applique enfin aux bidonvilles !

Hiver 54Communiqué de presse inter associatif

Paris, le 7 février 2017
La loi Egalité et Citoyenneté du 27 janvier 2017 est venue réduire une inégalité de traitement : les personnes vivant en bidonville, dans des tentes, cabanes, abris de fortune… peuvent enfin jouir des mêmes droits que les locataires et occupants de squats face aux expulsions.
Une personne peut désormais bénéficier de délais avant l’exécution de l’expulsion, et de la protection de la trêve hivernale1, quel que soit son type d’habitat. Néanmoins le juge peut faire le choix de la supprimer s’il a des preuves que les personnes sont entrées par « voie de fait ».
Cette reconnaissance plus large des droits s’inscrit dans la continuité d’une évolution favorable de la jurisprudence européenne : elle a reconnu que la notion de « domicile » ne se limitait pas au domicile légalement occupé ou établi, et imposé un nécessaire « contrôle de proportionnalité » entre le respect du droit de propriété et le droit au logement ainsi qu’à une vie privée et familiale2.
Eté comme hiver, expulser des habitants de leur domicile sans proposition alternative de relogement pérenne et adapté aggrave leur précarité et ne fait que déplacer le problème. En l’attente de solution, maintenir les personnes dans leur lieu de vie évite de les forcer à l’errance et apporte une stabilité, permettant de leur proposer un accompagnement visant à sortir de la précarité.
La mise en œuvre d’une véritable politique de résorption des bidonvilles est indispensable. Le droit au logement doit s’appliquer à tous !
Liste des signataires :
Acina
Amnesty International France
ASAV
ATD-Quart Monde
Collectif National Droits de l’Homme Romeurope
Fondation Abbé Pierre
Hors la Rue
La Cimade
Les Enfants du Canal
Ligue des Droits de l’Homme
Médecins du Monde
MRAP
Parcours d’Exil
Secours Catholique – Caritas France
Syndicat de la Magistrature
1 Voir infra, explication détaillée en annexe
2 Arrêt de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, Winterstein c. France, 17 octobre 201, à partir notamment de la notion de domicile telle qu’évoquée dans l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme
Contact presse :
Manon Fillonneau
CNDH Romeurope
06 68 43 15 15
manon.fillonneau@romeurope.org