En route vers le Royaume-Uni

En route vers le Royaume-Uni
Enquête de terrain auprès des migrants vietnamiens

Thi Hiep NGUYEN et Danielle TAN
Irasec et France terre d’asile, mars 2017, 132 p.
ISSN : 2102-376X

Les migrants vietnamiens sont loin d’être les plus nombreux à Calais, mais ils passent régulièrement pour rejoindre leur eldorado anglais.
Du Vietnam à Calais sur la route de l’Angleterre. France Terre d’Asile vient de sortir une enquête de terrain auprès des migrants vietnamiens en route vers le Royaume-Uni. Ce n’est pas l’immigration la plus visible, loin de là, ou la plus nombreuse. Pourtant les Vietnamiens sont bel et bien présents sur le Calaisis, dans l’ombre.
Ils sont présents depuis près d’une dizaine d’années et sont plus visibles dans le Béthunois avec un petit camp à Angres, surnommé par les migrants Vietnam City, près de l’autoroute A26, et à Paris, étape généralement incontournable sur leur parcours, pour une période plus ou moins longue en fonction de leurs finances.

Trois filières de passeurs vietnamiens démantelées sur le Calaisis

À Calais, ils logent dans des hôtels avant leur passage de la Manche, pour ceux qui optent pour la formule la plus chère, la VIP, qui coûte entre 10 000 et 14 000 euros. Ou ne font qu’y passer en quête d’un camion pour atteindre leur eldorado. Huong «  a passé deux nuits à l’hôtel à Calais et les passeurs l’ont conduit à un camion où elle s’est cachée. Ils avaient payé le chauffeur. Elle est passée à la première tentative.  »
«  L’étape de Calais est déterminante dans leur parcours  », peut-on lire dans le rapport. Et elle peut prendre du temps. Un migrant vietnamien explique avoir mis un an à passer, et s’être fait arrêter 42 fois à Calais. Ils sont entre 100 et 200 selon les années à être arrêtés et à passer un temps au centre de rétention administrative de Coquelles (212 en 2010 soit 16,6 % des personnes, 91 en 2012). En 2015, trois filières de passeurs vietnamiens ont été démantelées sur le Calaisis.
Les passeurs ont parfois leur propre flotte de camions d’import-export.
En Angleterre, la préoccupation est plus grande. «  Les autorités britanniques s’inquiètent de voir un nombre croissant de ces migrants clandestins, et en particulier des mineurs, être exploités dans des usines à cannabis. » 96 % des personnes interpellées étaient vietnamiennes.
Ces Vietnamiens sont en majorité issus du nord et du centre du Vietnam, des jeunes hommes entre 15 et 24 ans qui fuient la pauvreté et le manque de perspectives et rêvent d’une «  vie meilleure en Europe et, plus particulièrement au Royaume-Uni qu’ils considèrent comme une terre promise ». Les mirages des « agences » et de ceux qui ont déjà émigré leur font miroiter des salaires et des conditions de vie excellents.

Du Vietnam à la Russie jusqu’en Angleterre, via Calais

La réalité est bien sûr bien différente, avec des dettes moyennes de plus de 20 à 30 000 euros pour le voyage jusqu’à leur eldorado, du travail au noir, voire de l’esclavage moderne.
Leur parcours passe souvent par l’ancien bloc soviétique : la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie et la Pologne, avant l’Allemagne, la Belgique et la France.
La suite ? D’après le rapport, «  le renforcement de la sécurité suite au démantèlement de la jungle de Calais semble sérieusement compromettre le passage des Vietnamiens vers le Royaume-Uni. Il se dit que le passage est bloqué momentanément à cause de Calais. Les agences font attendre ceux qui veulent partir. » Mais la situation ne devrait pas durer. Les Vietnamiens reviendront dans l’ombre de ces routes migratoires verrouillées par les passeurs et les espérances.

 

Par le Nord Littoral, le 04/05/2017

Il ne fait pas bon être migrant à Steenvoorde en ce moment.

11-07-2017

Triste anniversaire.

11 juillet 2016 démantèlement du campement historique.

11 juillet 2017 démantèlement de la nouvelle « jungle ».

Mardi à 7 heures du matin, 120 représentants de l’état (CRS, PAF, OFFI, gendarmerie…) ont investi le petit bois à proximité de l’autoroute A25. Cinquante-huit personnes ont été interpelées dont huit femmes et huit mineurs. Les majeurs ont été dirigés en bus vers des CAO (centre d’accueil et d’orientation). Les mineurs ont été pris en charge par la protection de l’enfance du département.

Mardi soir, à la sortie de la salle, 23 personnes ayant échappé à la rafle du matin ont été interpelées par la gendarmerie et emmenées en bus vers, soi-disant, un CAO, en fait elles se sont retrouvées à l’hôtel de police de Lille et ont été libérées à 3 heures du matin.

Mercredi matin, retour des migrants, une dizaine d’entre eux sont de nouveau arrêtés le soir même à la sortie de la salle par les CRS peu loquaces quant à la destination des interpelés. La gendarmerie et les CRS sillonnent la ville et les alentours, la chasse à l’Homme peut continuer. La nuit a dû être mouvementée.

Jeudi matin un hélicoptère survole longuement la zone. Trois exilés dont 2 demandeurs d’asile sont interpelés devant la salle, ils reviennent le soir même.

Les quelques personnes restantes se terrent.

Non ce n’est pas un film historique, ça se passe bien dans la vraie vie, en 2017, à Steenvoorde.

Et demain : ??????????????

 

Solidairement

La réaction de Jean-Claude Lenoir, président de Salam, à la visite du Ministre de l’Intérieur à Calais.

23 juin 2017 –

Ce simulacre de réunion avec monsieur le Ministre de l’Intérieur et de madame la Ministre est désappointant.

Monsieur le Ministre était accompagné outre de madame la Ministre, de monsieur le Préfet, monsieur le Président de Région, madame le Maire, Monsieur le Député ………….. tous étrangement silencieux. Ils ont parfois opiné du bonnet mais aucun son !

Monsieur le Ministre a parlé d’économie, de citoyenneté, vaguement d’immigration internationale mais très peu de Calais.

Son discours était d’ailleurs quasiment déjà repris dans la presse de la veille.

Les problèmes économiques notamment laissés par le gouvernement précédent ne permettent pas d’aider les Migrants !

Je me suis permis de lui opposer que dans un budget quel qu’il soit, il est possible de hiérarchiser les actions et que pour nous l’Homme est prioritaire,

L’échange fut réduit au minimum.

Nos interventions n’ont appelé que peu de réponses sinon quelques remarques systématiquement négatives.

On pouvait aussi se demander où étaient passées les associations locales si souvent enclines à multiplier les pétitions !

Un quasi tapis rouge pour monsieur le Ministre.

L’avenir s’est assombri sérieusement.

C’est l’occasion de mesurer le travail accompli ces dernières années et malheureusement non abouti.

Il nous faut alors espérer que monsieur le Président, si généreux dans ces discours, remette les pendules à l’heure au ministère de l’Intérieur !

Quelle honte !

Jean-Claude Lenoir

«A Calais, il n’y a plus rien à part la répression et le tout sécuritaire»

Par Sylvain Mouillard 7 juin 2017 à 07:24 – Libération

Vincent De Coninck, chargé de mission du Secours catholique dans le Pas-de-Calais, détaille l’acharnement policier dont sont victimes les exilés dans le Calaisis.

Trois unités supplémentaires de forces mobiles. Voici la première décision du nouveau ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, sur le dossier des migrants dans le nord de la France. Quelque 150 policiers et gendarmes seront déployés très prochainement dans le Calaisis, où le nombre d’exilés, comme tous les ans à cette période, augmente de nouveau. Vincent de Coninck, chargé de mission pour le Secours catholique dans le secteur, regrette cette stratégie répressive, à ses yeux inhumaine et inefficace.

Quelle est la situation actuellement pour les migrants dans le Calaisis ?

Elle est effrayante. Cela fait huit ans que j’interviens à Calais, et je n’avais jamais vécu une telle période. On évalue à 600 le nombre de personnes aujourd’hui dans la ville ou ses environs, dont une part importante de mineurs ou de très jeunes adultes. Les nationalités les plus représentées, dans l’ordre, sont les Afghans, Erythréens, Ethiopiens et Soudanais. Le seul objectif des autorités, c’est d’éviter les «points de fixation», selon la terminologie officielle. Les CRS dérapent de plus en plus, avec des gazages, des coups de matraques, selon les témoignages des exilés. Ces derniers ne peuvent plus se poser. Leurs couvertures, duvets, affaires sont très vite jetés à la benne. Ils doivent bouger tout le temps et se réfugient où ils peuvent, sous un arbre, dans un fossé, etc. Ils manquent de sommeil, ils ont faim et soif. Car les forces de l’ordre exercent aussi une pression importante sur les bénévoles et citoyens qui souhaitent leur venir en aide. En théorie, les associations ne sont autorisées à ne faire qu’une distribution par jour, rue des Verrotières à Calais, de 18 heures à 19 heures.

Vous essayez de contourner cette règle ?

Oui, bien sûr. Mardi midi, on est allé à l’église Saint-Joseph, un lieu privé qui nous avait été ouvert par le père Jean-Marie Rauwel. Les CRS sont entrés de force, il a fallu batailler pendant quinze minutes et que j’appelle le sous-préfet pour qu’ils sortent. Une partie d’entre eux se sent plus légitime pour agresser les exilés et les bénévoles. Ce midi, l’un d’entre eux a lancé : «Vous n’avez pas mieux à faire ? Vous feriez mieux de chercher du boulot ! Vous êtes sponsorisés par le RSA pour faire ça ?» Les églises étaient jusqu’à présent un lieu d’asile, c’est fini. Il y a eu Saint-Bernard, il y a désormais Saint-Joseph.

Des solutions constructives sont-elles néanmoins parfois recherchées ?

A Calais, il n’y a plus rien à part la répression et le tout-sécuritaire. Pour demander l’asile, il faut aller à Lille, où il faut au moins cinq semaines d’attente pour avoir un rendez-vous en préfecture. Et quand ils s’y rendent en train, les migrants risquent l’arrestation. Quant aux départs vers les centres d’accueil et d’orientation (CAO), il n’y en a plus du tout.

Autrement dit, ce qui avait été péniblement mis en place lors du dernier quinquennat, notamment par Bernard Cazeneuve, a déjà été oublié ?

Une culture de l’asile avait été progressivement installée à Calais. Tout ce travail a été réduit à néant depuis la fermeture du bidonville en octobre 2016. En six mois, tout a été détruit. La situation n’est pas nouvelle, mais le nouveau gouvernement envoie des signaux encore plus catastrophiques. Outre les violences policières, il y a aussi parfois des placements en rétention. Mais c’est de la poudre aux yeux, puisque les Afghans, Erythréens, Soudanais ne sont pas expulsables. Cela ne fait que les écoeurer de la France. Ils vivent cette situation comme un choc. Pour eux, c’est une évidence : leur avenir ne peut pas se construire ici.

Sylvain Mouillard

A l’Indicateur des Flandres

calais

le 27 mai 2017

Mise au point de l’association Terre d’Errance suite à votre article du mercredi 24 mai 2017.

Fallait-il inquiéter la population en mettant le sujet « migrants » à la une avec un titre provocateur ?

Attiser la peur, engendrer la haine, stigmatiser une population, qui plus est en pleine période électorale, ne peut que conduire à des comportements extrêmes et déraisonnables.

Le chiffre de 400 annoncé dans l’article est complètement démesuré. Le nombre de personnes migrantes originaires de l’Afrique n’a quasiment pas bougé depuis un certain temps et il est proche de la centaine.

« L’association n’est pas raisonnable », est-ce déraisonnable de venir en aide à des êtres humains en grande précarité ? Il ne faut pas non plus confondre la cause et la conséquence. C’est bien à cause de la présence des exilés que Terre d’Errance existe et agit. Faire croire l’inverse est un aveu d’impuissance face à un phénomène que personne n’arrive à maîtriser. Il faudra bien un jour arrêter de regarder ce problème par le « petit bout de la lorgnette » et élargir son champ de vision à l’espace du monde.

Les différents démantèlements, et en particulier celui du 11 juillet 2016, n’ont fait qu’aggraver la situation. « Vous ne ferez rien de durable pour le bonheur des hommes parce que vous n’avez aucune idée de leur malheur. » (G. Bernanos)

La salle paroissiale, objet soi-disant de tous les maux, contribue grandement à apaiser des situations qui autrement deviendraient explosives. C’est le seul lieu de dialogue avec les personnes migrantes qui n’ont plus rien à perdre, elles ont déjà tout perdu.

Un peu d’humanité dans ce monde cabossé remet en valeur le mot Fraternité, troisième élément de notre devise républicaine.

Et pendant ce temps-là …

festival-film-cannes

 

Un migrant retrouvé mort en gare de Cannes, le 12e dans la région depuis 2016

Un migrant a été trouvé mort vendredi soir en gare de Cannes La Bocca dans le compartiment technique d’un train en provenance de Vintimille. Ce nouveau décès porte à 12 le nombre de morts de migrants enregistrées dans la région depuis 2016.

Le corps a été découvert par un agent de la SNCF qui effectuait une visite technique. A l’ouverture du local, trois autres hommes qui y étaient cachés ont pris la fuite, indique la compagnie ferroviaire. Selon les pompiers, la mort de ce migrant âgé de 30 ans a été provoquée par une électrisation.

Il s’agit de la deuxième mort d’un migrant en gare de Cannes La Bocca depuis le début de l’année. Le 17 février dernier, le corps carbonisé d’un migrant avait été trouvé sur le toit d’un train en provenance de Vintimille, à la frontière italienne. Dimanche 14 mai, en gare de Roquebrune-Cap-Martin, un migrant avait été retrouvé gravement brûlé aux jambes sur le toit d’un train également en provenance de Vintimille.

Ce dernier décès porte à 12 le nombre de morts de migrants enregistrées dans la région des Alpes-Maritimes depuis 2016, indiquent les ONG intervenant sur place. Hormis ceux électrocutés à bord de train, la plupart sont décédés après avoir été percutés par des véhicules le long de l’autoroute ou par des trains au bord de la voie ferrée. Un migrant a également perdu après une chute sur un sentier de montagne à Menton.

Pour le directeur général de l’association France Terre d’Asile Pierre Henry, ces tentatives de passage de plus en plus dangereuses sont provoquées par un renforcement des contrôles à la frontière franco-italienne. Selon les derniers chiffres de la préfecture, les interpellations y sont en forte hausse depuis le début de l’année. Elles ont presque triplé par rapport à début 2016.

Face à l’incapacité de l’Italie de retenir les migrants qui arrivent en nombre depuis la Méditerranée, « il est nécessaire que les pays de l’Union trouve une réponse solidaire », estime Pierre Henry. « Elle ne peut être que dans une protection des personnes qui arrivent, dans une répartition équilibrée des migrants sur l’ensemble du territoire européen et dans l’ouverture de voies de migration légale », affirme-t-il.

http://www.rfi.fr/france/20170521-migrant-retrouve-mort-gare-cannes-12e-region-depuis-2016-frontiere-italie

%d blogueurs aiment cette page :